Région sans unité naturelle, la Franche-Comté a connu une histoire agitée, ballottée entre ses deux grands voisins, la France et l’Allemagne.

La franche-Comté


Art Primitif de sculpture sur pierre

La pierre des fous à St Dizier l'évèque (90)

Géographiquement, la Franche-Comté comprend trois ensembles très différents. D’une part, la montagne , formée des chaînes parallèles du Jura, orientées nord-est - sud-ouest, à des altitudes comprises entre 1 400 et 1 700 mètres. Puis une série de plateaux , disposés en gradins, entre le Jura et la dépression du Doubs ; ces plateaux se terminent, du côté de l’ouest, par des escarpements pittoresques dans les entailles desquels se sont logées les villes : Besançon, Salins, Arbois, Poligny, Lons-le-Saunier. Enfin, le plat pays , constitué par les vallées du Doubs, de l’Ognon, de la Saône, de la Loue et de l’Ain : région la plus riche, traditionnellement productrice de céréales (plaine de Gray, Bresse comtoise), mais dépourvue du charme que confèrent ailleurs le vignoble et les forêts de sapins et d’épicéas, aux limites imprécises avec la Bourgogne voisine.

Historiquement, si le terme de Franche-Comté n’apparaît dans les textes qu’en 1336, la réalité d’une entité politique intermédiaire entre la France et la Germanie est plus ancienne.

La Franche-Comté a pris la succession de la province des Séquanes, la Maxima Sequanorum , mentionnée pour la première fois par César dans La Guerre des Gaules  (I, 38-39). Sa capitale, Vesontio (Besançon), devint le siège d’un gouvernement militaire, puis d’une métropole religieuse, d’où le christianisme se répandit dans toute la région, après le martyre de saint Ferréol et de saint Ferjeux, au IIIe siècle, selon la tradition. Envahie par les Burgondes, la province des Séquanes fut incorporée à leur royaume, entre le Ve et le XIe siècle, à travers de nombreuses vicissitudes. En 1032, le dernier roi de Bourgogne s’étant éteint, la future Franche-Comté revint à l’empereur Conrad II de Germanie.

Ce fut le début de la période germanique, qui se prolongea jusqu’au début du XIVe siècle. Sous l’autorité lointaine et peu effective de l’empereur, le pouvoir fut exercé par les comtes de Bourgogne, descendants d’Otte-Guillaume (986-1026). Ils se heurtèrent aux barons et seigneurs locaux qui s’arrogèrent les droits effectifs, sans que le mariage de l’héritière, Béatrix, avec Frédéric Barberousse, en 1156, y changeât quoi que ce soit. En outre, les autorités ecclésiastiques, qu’il s’agisse de l’archevêque de Besançon, dont le prestige avait été rehaussé depuis la nomination de Hugues de Salins (1031-1066), ou des nombreux monastères fondés par les Bénédictins, les Cisterciens ou les Chartreux, avaient réussi à s’emparer d’une partie des pouvoirs. Enfin, à partir du XIIIe siècle apparaît un mouvement d’émancipation communale, soutenu par certaines grandes familles, comme celle des Chalon.

L’extinction de la branche des comtes directs fit entrer le comté dans l’orbite de la France, en l’associant à la Bourgogne ducale. Jeanne de France, petite-fille du dernier comte, Otton IV (mort en  1303), et fille de Philippe V et de Jeanne de Bourgogne, épousa, en 1318, le duc de Bourgogne, Eudes IV. Dès lors s’ouvre la période bourguignonne, qui se prolongera jusqu’en 1493. L’influence française se fait sentir dans les institutions nouvelles dont est doté le comté : un conseil exécutif, un parlement, corps surtout judiciaire, des États, réunis depuis 1389  satisfaire aux besoins financiers du duc, une université à l’existence intermittente. Tous ces corps siègent à Dole, capitale du comté, tandis que Besançon, ville libre, en est la capitale religieuse. Toujours à l’image de la France sont créés trois bailliages, celui d’Amont (Gray), celui d’Aval (Salins), celui du Milieu (Dole). En dépit d’escarmouches avec la noblesse locale, qui dut accepter de se soumettre, en dépit de conflits dont le plus sanglant fut celui qui opposa le duc aux Écorcheurs (1437-1445), la période bourguignonne favorisa l’essor économique : apparition de papeteries et de forges le long des rivières, développement du port de Gray, sécurité sur les routes où circulaient les convois de sel (Salins, Lons-le-Saunier) et de vin (Arbois), embellissement des villes dont témoignent des églises comme Saint-Anatole de Salins, Saint-Just d’Arbois et la collégiale de Dole.

Après la mort de Charles le Téméraire (1477) et les vains efforts de Louis XI pour se saisir du comté, le traité de Senlis (1493) le donna aux Habsbourg qui le conservèrent jusqu’au traité de Nimègue (1678). À la mort de Charles Quint, la Franche-Comté passa dans l’héritage espagnol et fut gouvernée de Bruxelles. Malgré la lourdeur de la bureaucratie, l’éloignement de l’autorité donna un sentiment d’autonomie aux Comtois, dont certains, comme Nicolas Perrenot et son fils, le cardinal de Granvelle, furent les fidèles auxiliaires de l’empereur et du roi d’Espagne. L’exploitation des gisements minéraux, le développement des industries du fer, les progrès de l’agriculture (fabrication du fromage) apportèrent la prospérité au pays et à ses habitants. Une architecture civile, inspirée de la Renaissance italienne, s’implante dans les villes, en particulier à Besançon (hôtel Montmartin, palais Granvelle), à Gray (hôtel de ville), à Dole (hôpital). La mainmise des Habsbourg a pour conséquence l’échec total de la Réforme, sauf dans le pays de Montbéliard, rattaché au Wurtemberg. En bordure des cantons suisses, la Franche-Comté devient même un des pôles de la Contre-Réforme. L’affaiblissement de la monarchie espagnole et l’affermissement de la monarchie absolue en France font de cette région frontière une proie convoitée par Richelieu, puis par Louis XIV. Une période sombre s’amorce de 1635 à 1644, continue avec la première conquête et se termine avec la seconde, que sanctionne la paix de Nimègue.

L’union avec la France n’est en aucun cas une rupture, les institutions étant déjà largement francisées. Il suffit d’ajouter l’Intendance et la Chambre des comptes pour faire de la Franche-Comté une province comme les autres. Le changement se situe au niveau de l’autorité, qui s’exerce désormais à Besançon, remplaçant Dole comme capitale. Les Comtois doivent se soumettre, bon gré, mal gré, oubliant dans la prospérité retrouvée au XVIIIe siècle leurs désillusions politiques. De nouvelles activités apparaissent, telle l’horlogerie, venue des cantons suisses voisins. La Révolution trouble moins la province, divisée en trois départements correspondant en gros aux trois bailliages, que les guerres, qui lui font retrouver son rôle de marche frontière, en 1814-1815, en 1870-1871 et en 1939-1945

Les facades de Vauban au bord du Doubs

Besançon , bord du Doubs (25)

La statue du créateur de l'hymne national Français (La Marseillaise), Rouget de Lisle.

Cette statue peut être vue à Lons le Saunier (39)

où il est né en 1760...

Un village typique en bord de rivière


Ici Pesmes au bord de l'Ognon (70)

En 1990, la Franche-Comté, qui a une superficie de 16 200 kilomètres carrés, est peuplée de 1 098 000 habitants. Besançon, qui en est la capitale administrative, compte 119 194 habitants (1990). Les activités industrielles (Peugeot, Alstom, Solvay) sont situées surtout dans l’aire urbaine de Belfort-Montbéliard (construction automobile et mécanique). Le secteur secondaire emploie 39 % de la population active en 1990, contre 6 % pour l’agriculture et 55 % pour les services.